légendes TOUTES LES PAUSES : ASPIRINE-CANCERS

THÈME INFORMATION
Aspirine-Cancers
Etude-scientifique
2011-01-24
(mise en ligne)
Prévention
légende
Aspirine-Cancers : Protection-et-Aspirine. Une étude rétrospective synthétisant 8 essais randomisés qui a suscité un véritable engouement médiatique parce que concernant la mythique molécule de l'aspirine (le médicament le plus consommé au monde, avec chaque année plus de 120 Milliards de comprimés vendus), parce que mesurant les risques mortels de l'angoissant cancer, et parce que publiée dans un des 2 plus prestigieux journaux médicaux anglophones (The Lancet 377, 9759, pp. 31-41) ; résultat sans appel : prendre de l'aspirine sur une longue période (5 ans et plus) permettrait de réduire de façon significative (plus de 20 % en moyenne) le risque de mourir de différents cancers ; cet effet protecteur serait plus ou moins marqué selon les types de cancers (diminution de 40% pour le cancer du côlon, de 10% pour le cancer de la prostate) et l'effet aurait tendance à augmenter (donc favorablement) avec l'âge ; l'étude a porté sur plus de 25 500 patients, suivis sur une période de 20 ans, qui ont pris tous les jours pendant au moins 6 ans une faible dose d'aspirine (au moins 75 mg) ; en pratique, cela signifie que pour une population de personnes âgées de 55 à 64 ans qui prendrait de l'aspirine pendant 5 ans, 20 ans plus tard, statistiquement 1 décès lié au cancer pourrait être évité sur 22 personnes (et, pour les personnes âgées de 65 ans et plus, 1 décès lié au cancer pourrait être évité sur 14 personnes). Bien que cela ne semble pas être une amélioration massive à l'échelle individuelle, c'est un avantage hautement significatif en terme de santé publique. [The Lancet]

- Analyse et conseils : Si l'annonce de cet effet de l'aspirine a surpris le grand public, elle vient en fait valider une hypothèse déjà envisagée depuis une dizaine d'années par les cancérologues et qui tient au mode d'action de l'aspirine. L'aspirine agit en bloquant l'action des fameux enzymes COX-1 et COX-2, comme les AINS ou anti-inflammatoires non stéroïdiens (tels que les nombreux «profènes», ou Feldène ou Voltarène ou récemment Arcoxia, la plupart seulement sous prescription). Et cette découverte en 1971 a valu (en 1982) le prix Nobel de médecine au médecin pharmacologue Britannique John Vane. Or il est aujourd'hui admis que les états inflammatoires favorisent l'apparition des cancers. L'idée de chercher une éventuelle activité anti-cancéreuse de l'aspirine, fondée sur son pouvoir d'inhibition des COX-2, est donc tout à fait logique, et le résultat tout autant. Faut-il pour autant s'engager sans réfléchir dans la prise d'aspirine quotidienne, même faiblement dosée ? La réponse est assurément non. Il est préférable de consulter le médecin traitant à l'occasion d'une visite de contrôle-prévention qui pèsera le «pour» (âge, antécédents familiaux, facteurs de risques personnels, etc.) et le «contre» (les effets indésirables de l'aspirine, les contre-indications notamment gastro-intestinales, le risque hémorragique, etc.), et qui, si le bilan bénéfices-risques est favorable, pourra prescrire ce traitement à long terme (qui alors sera remboursé par la Sécu). Les pharmacologues estiment d'ailleurs que, si une autorisation de mise sur le marché devait être demandée aujourd'hui pour l'aspirine (synthétisée en 1897 par Felix Hoffmann, chez Bayer), elle ne serait pas accordée. En effet, la prise d'aspirine majore le risque d'hémorragie : il est de 10 cas pour 10 000 personnes sous aspirine par an, contre seulement 5 à 7 pour 10 000 par an, dans la population générale. Mais il est un autre domaine où l'aspirine est déjà utilisée de façon préventive et également à petites doses : elle est prescrite officiellement en prévention secondaire du risque cardio-vasculaire, c'est-à-dire chez des patients qui ont déjà fait un accident vasculaire cérébral ischémique (c'est-à-dire sans hémorragie), ou qui souffrent de maladie coronaire ou d'artériopathie des membres inférieurs (avec réduction de 20 à 25 % du risque de récidive de l'AVC). Alors, la prise en compte simultanée du bénéfice en matière de prévention des cancers et de prévention du risque cardio-vasculaire pourrait faire pencher la balance en faveur de la prise d'aspirine en prévention primaire, c'est-à-dire par des personnes en bonne santé. Mais il faut savoir raison garder (et attendre les résultats d'ici à 5 ans) : des études sont en cours actuellement, notamment en France, qui visent à comparer l'effet de l'aspirine sur 2 groupes de volontaires sains, tant du point de vue de la survenue des cancers que du risque hémorragique. En dehors de son utilisation préventive officiellement encadrée, on recourt surtout à l'aspirine pour ses propriétés antalgiques (anti-douleur) et antipyrétiques (anti-fièvre), notamment en automédication.

Aspirine-Cancers : Commentaires :
  • [2011-06-17, Pharmaco-Paris, les choses peuvent changer sur l'aspirine, car prendre une faible dose tous les jours à titre préventif pour le cœur est maintenant déconseillé au Canada (par la Société Canadienne de Cardiologie), suite à une étude par Bell A.D. et collègues (The use of antiplatelet therapy in the outpatient setting, Can. J. Cardiol. 2011 May-Jun, 27, Suppl A:S1-59), alors que c'était une pratique établie en médecine occidentale depuis plus de 40 ans (en France, c'est toujours recommandé) ; pour vos lecteurs, cela ne correspond pas à un danger découvert, mais à des données scientifiques ré-analysées qui indiquent d'une part que l'aspirine est peu efficace à titre préventif et, d'autre part, que l'effet anti-coagulant de ce médicament est à double tranchant (il aide à prévenir la formation de caillots sanguins, mais accroît du même coup les risques de saignements, plus particulièrement dans le système digestif et au cerveau) ; attention, l'aspirine demeure toutefois conseillée comme traitement à vie aux personnes qui ont déjà été victimes d’une crise cardiaque ou d'un AVC, même au Canada]
  • [2013-06-27, Pharmaco-Paris, nouvelle péripétie scientifique concernant la protection hypothétique de l'aspirine contre le cancer colorectal : elle n'est retrouvée (confirmée) que chez les patients ne présentant pas de mutation du gène BRAF, selon une étude Américaine juste publiée dans le Journal of the American Medical Association (JAMA)… et donc nouvelle raison d'être prudent (même si la mutation du gène BRAF peut être détectée par des tests moléculaires) et d'en parler au médecin traitant avant tout !]


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Actualisation: 27-Juin-2013
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